LES EXPLOITATIONS

50 ans d'agriculture avec CER France Haute-Loire

L’Assemblée Générale de CER FRANCE Haute-Loire s’est tenue le 3 février 2012, l’occasion de dresser l’état des lieux de 50 ans d’agriculture en Haute-Loire .


Depuis le début des années soixante et la mise en place de la Politique Agricole Commune, l’agriculture en Haute-Loire a profondément évolué.
Afin de mieux comprendre ces changements, essayons de mesurer l’évolution de
l’agriculture départementale depuis cette période.

UNE PROFESSIONNALISATION CROISSANTE DES EXPLOITATIONS

- Réduction du nombre d’exploitations
Au nombre de 21 620 d’après l’enquête structure de 1963 et en majorité familiale, elles ne sont plus que 5 000 au dernier recensement général de 2010. Sur ces 5 000 exploitations, 3 400 sont considérées comme professionnelles (68 %).

- Hausse des surfaces
Les exploitations avaient une taille moyenne de 13,5 ha en 1963 alors qu’elles disposent de 60 ha en 2010. En 1963, près de 80 % des exploitations avaient une Surface Agricole Utile (SAU) de moins de 20 ha, et seulement 1,3 % exploitaient plus de 50 ha. C’est le cas de 39 % d’entre elles aujourd’hui.

- Développement des formes sociétaires
Il convient de noter que les exploitations en société absentes du paysage en 1963,
représentent en 2010, 30 % des exploitations et 43 % de la SAU.

- Baisse de l’emploi familial
En 1963 la population agricole familiale représentait 40 % de la population du
département. En 2000 elle ne représentait plus que 10 %, ce qui reste un taux très élevé par rapport à la moyenne nationale (3,5%).

UN SECTEUR D’ACTIVITE ENCORE DYNAMIQUE

- Une part importante des emplois en Haute-Loire
L’agriculture reste un secteur d’activité vitale pour le département. En effet, le nombre d’emplois dans les exploitations est estimé à 7 000 en 2007, soit 8 % des emplois totaux du département (contre 3 % au niveau national). Avec les industries agroalimentaires qui emploient l’équivalent de 2 400 personnes, ce secteur représente en gros 10 % des emplois (contre 5 % au niveau national).

- Une féminisation croissante
En 1963, sur 21 620 exploitants, 7,7 % seulement étaient de sexe féminin. Le RGA 2010 a recensé 6 499 exploitants dont 23 % de femmes. Ce pourcentage s’est stabilisé depuis les années 2000 (21 % en 2000).
A noter : si l’on considère l’ensemble des actifs familiaux (9 435), la part des femmes dans l’agriculture occupe encore une place importante : 33 % des actifs familiaux.

- Un rajeunissement progressif
Plus de la moitié (52 %) des exploitants étaient âgés de plus de 55 ans en 1963. Cette catégorie ne représente plus que 22 % aujourd’hui. Pour autant, 64 % des exploitants ont plus de 40 ans. On constatait entre 1963 et 2000 un rajeunissement des exploitants (17 % âgés de moins de 40 ans en 1963 contre près du tiers en 2000). Les politiques liées au passage de l’âge à la retraite de 65 à 60 ans, l’IVD et les préretraites avaient, en effet, contribué à un rajeunissement progressif. Depuis les années 2000, cette tendance s’atténue du fait d’un ralentissement progressif des installations surtout marqué dans la deuxième moitié de la décennie. (22 % ont moins de 40 ans en 2010 contre près du tiers en 2000).
Notons au passage que les exploitants de la Haute-Loire restent légèrement plus jeunes que la moyenne auvergnate qui est, elle-même, plus jeune que la moyenne nationale.

- Une SAU stabilisée depuis 2000
Première observation : la SAU aurait diminué de 35 000 ha (13 %) entre 1963 et 2000. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Des terres ont dû trouver d’autres utilisations qu’agricoles et des terres difficilement mécanisables ont dû être boisées ou abandonnées à la friche.
Depuis 2000, la SAU s’est stabilisée avec une légère baisse de la STH (Surface Toujours en Herbe) compensée par une augmentation équivalente des terres arables (céréales et prairies temporaires). La SAU atteint en 2009, 233 000 ha avec une prédominance de l’herbe (80 % de la SAU en tenant compte des prairies naturelles et artificielles).

UNE ORIENTATION LAITIERE MARQUEE

Si les effectifs de bovins sont restés relativement stables entre 1963 et 2010
(125 000 unités en 1963 et 115 000 en 2010), on constate une orientation marquée du département vers la production laitière. Elle concerne, en effet, plus des deux tiers des 3 400 exploitations professionnelles.
Sur 3 461 exploitations professionnelles en 2007, 53 % ont une orientation bovins lait, 5 % bovins mixte lait viande, 13 % bovins viande, 12 % ovins, caprins et autres herbivores, 2 % céréales, le reste soit 15 % ayant une autre orientation (dont porcs et volailles).
En 1963, les races laitières du type pie-rouge ou pie-noire ne représentaient que 36 % de l’ensemble ; 72 % en 2007. Les races rustiques (Aubrac + Salers) qui représentaient en 1963 près de la moitié du troupeau bovin ne représentent plus que 28 % de l’effectif total de bovins.
Entre 2000 et 2007, on constate toutefois une tendance à la baisse de l’orientation bovin lait et à une certaine augmentation de l’orientation bovin viande qui reste cependant très minoritaire (312 exploitations professionnelles).
On observe par ailleurs, sur les 50 dernières années, une intensification de la production laitière bovine. Le rendement laitier se situait en moyenne aux environs de 2 000 litres par vache traite. Près de la moitié de cette production était absorbée par le veau de boucherie.
Aujourd’hui le rendement laitier moyen avoisine les 4 600 litres/vache laitière.
Longtemps freinée par les quotas, la production laitière altiligérienne reste dynamique. En effet, la redistribution sur le bassin laitier Auvergne Limousin le montre : 43 % des quotas gratuits distribués en 2011 concernaient la Haute-Loire.
Concernant les veaux de boucherie, les années 70 ont été marquées par une forte
régression de la production (100 000 à moins de 20 000 en 1984) mais l’instauration des quotas laitiers avait relancé cette production (37 000 aujourd’hui). Dernièrement, les importantes redistributions laitières et le prix du lait plus favorable pourraient concurrencer sensiblement la production de veaux de boucherie.
Le troupeau ovin a augmenté depuis 1962 de près de 35 000 brebis. Après une période d’accroissement entre 1990 et 1997 (162 000 brebis), le cheptel régresse au rythme moyen de 1,8 % par an. Entre 2007 et 2008, il a baissé de 8 % pour atteindre 125 000 brebis.
Dans la même période, le troupeau de vaches allaitantes progressait de plus de 50 %.
A la différence de la production de bovins viande, dans les 10 dernières années, la
production ovine n’est pas apparue globalement comme une alternative à la production laitière, pour les producteurs qui abandonnaient cette dernière.
La réforme de la PAC 2010, a toutefois apporté un soutien plus important à la production ovine, ce qui pourrait participer au maintien, voire au développement, de la filière sur le département.
En ce qui concerne les porcins, les troupeaux de truies disséminés à raison de 1 à 2 truies dans 2 400 exploitations en 1963 se concentrent aujourd’hui sur une petite centaine d’exploitations.

HAUSSE DES VOLUMES PRODUITS ET PERTE DE VALEUR AJOUTEE

Les deux-tiers de la production agricole finale étaient constitués de ventes d’animaux vivants destinés à la boucherie. Dans ces 2/3 la part des ventes de boucherie pesait, à elle seule, plus de 40 %. En 1963, 105 000 veaux de boucherie avaient été commercialisés.
Le poids économique des ventes d’animaux ne représente plus que 29 % de la
production agricole finale. La vente de veaux baisse régulièrement (en rapport avec la réduction du nombre de vaches laitières) au profit de la production de viande de veau (quotas limités et développement d’ateliers de veaux de boucherie). La production de viande de gros bovins augmente, celle de porc est stable et la viande ovine régresse après avoir augmenté.
Les produits laitiers sous forme de vente de lait, de beurre ou crème aux collecteurs et de ventes directes représentaient 22 % en 1963. Ils pèsent aujourd’hui 32 %. Si l’on défalque de cette valeur de la production, la valeur des aliments pour animaux autoconsommés, le pourcentage dépasse 40 %.
Les végétaux ont gardé une part relativement constante.
Les primes, sous toutes leurs formes, représentaient en 2000, dans les comptes de l’agriculture départementale environ 20 % de la production agricole finale.
Elles étaient inexistantes en 1963. Les dernières modifications de la PAC 2010 ont pu modifier à la hausse ce ratio.
La surprise est de taille en comparant en euros ou francs constants (valeur 2010) les masses globales en 1963 et 2010 qui représentent une valeur monétaire pratiquement identique (312 millions d’Euros, environ 2 milliards de francs) malgré l’accroissement de la technicité. Celle-ci a tout juste permis de compenser l’érosion du pouvoir d’achat des prix agricoles.
Si on prend quelques exemples, les 36 centimes de francs du prix du litre de lait payé en 1963, devraient se situer à 0,48 € en 2010. A l’époque, les seuls critères de qualité étaient la différenciation entre lait normal, lait acide et lait sale.
Les bovins de reforme devraient se vendre 4,6 € le kg de carcasse, le porc 5,18 € et l’agneau 10,18 €.
Il convient de rappeler que le contexte a fortement évolué depuis 1963 et la mise en place de la Politique Agricole Commune.

POIDS CROISSANT DES INVESTISSEMENTS DANS LES COUTS DE PRODUCTION

Une exploitation sur 3 disposait d’un tracteur en 1963. Il y avait 2.1 tracteurs par
exploitation en 2000, ce qui représentait 5,6 pour 100 hectares alors que la moyenne nationale se situait à 4,5.
Sur les 10 dernières années, on constate une progression marquée du coût des
bâtiments agricoles : entre 2000 et 2010, le prix de la place de vache aura été multiplié par 2 !

LES RESULTATS DES EXPLOITATIONS SUIVIES A CERFRANCE HAUTE-LOIRE

Moins de 0,5 % des exploitations de Haute-Loire étaient adhérentes au CER 43 en 1963. On peut supposer qu’il s’agissait des agriculteurs de CETA, les plus dynamiques et sûrement les meilleurs gestionnaires.
Une analyse de groupe avait été réalisée avec 35 exploitations qui disposaient de 20,5 ha avec 16 vaches laitières. Leur production s’élevait à 20 700 francs et leur revenu agricole atteignait 10 800 francs, soit environ 14 000 € de 2010.
Pour arriver à ce même revenu, les dernières analyses de groupe (2010) de CERFRANCE Haute-Loire montrent que les exploitations possèdent une surface moyenne de 55 ha et un troupeau d’environ 30 vaches laitières.
Il fallait à peine 2 francs pour faire un franc de revenu en 1962, il faut presque 5 euros aujourd’hui pour dégager un euro de revenu.

AUTRE DIFFERENCE MAJEURE

Dans les années soixante, l’exiguïté des exploitations et le niveau technique faible
induisaient qu’un agrandissement de surface et l’amélioration du niveau technique
étaient des facteurs prioritaires d’amélioration du revenu.
Aujourd’hui, ces deux paramètres doivent se conjuguer avec bien d’autres tels que
l’optimisation des droits à produire, la fiscalité, l’information utile, l’organisation du
travail… qui sont autant de facteurs qui, bien combinés, influent le revenu de
l’agriculteur.
• L’agriculteur doit désormais intégrer un certain nombre de paramètres nouveaux dans la gestion de son entreprise... Je citerai pour les plus actuels :
La plus grande volatilité des cours et la généralisation de cette volatilité à des
productions jusque là plutôt épargnées (le lait).
• La refonte programmée de la PAC en 2013 associée à la fin des quotas laitiers en
2015...
La clé du développement de l’agriculture de demain en Haute-Loire se situe donc bien au carrefour :
- d’une maîtrise technico-économique toujours plus performante de l’exploitation
associée et,
- d’une recherche constante dans un contexte incertain, de débouchés valorisants et sécurisés dans le temps.
En réponse à ce constat, citons les préconisations de M. NIL et DUPRE dans le rapport qu’ils ont produit en 2010 sur l’avenir de l’Agriculture en Haute-Loire :
- Poursuivre l’amélioration des compétences techniques et économiques des agriculteurs par des systèmes d’appui optimisés et un accompagnement fort en terme de conseil.
J’ajouterai qu’en ce sens CERFRANCE Haute-Loire, aux côtés des autres Organismes Professionnels, joue pleinement son rôle.
- Diversifier les revenus des exploitations d’élevage par la production d’énergie (biogaz, photovoltaïque, bois).
- Continuer à élargir les débouchés des produits fermiers, dont les produits bio en plus du maintien de ceux existants déjà.
- Tirer parti de la PAC 2013 en optimisant les systèmes d’élevage herbagers sur la Haute- Loire (amélioration de la conduite de la prairie permanente).
- Sécuriser les débouchés et améliorer l’efficacité des systèmes de production dans la filière laitière (maintien des usines, optimisation des coûts de collecte, valorisation par une appellation lait de montagne).
- Développer des opérateurs d’aval en capacité de promouvoir des produits différenciés sur des marchés rémunérateurs pour les porcs.

Dossier réalisé par Nicolas CHOUVET, Conseiller de Gestion, et Sandrine JEAN, Conseillère de Gestion et Membre du groupe Veille Economique lait
CERFRANCE, a l’aide des sources bibliographiques suivantes :
- Texte de M. Michel ROUSSEL (Directeur de CERFRANCE Haute-Loire de 1985 à
2006) sur les 40 ans d’évolution de l’agriculture départementale
- Enquête Structure de 1963 et 2007 (Agreste)
- Recensements généraux de l’agriculture de 2000 et 2010 (Agreste)
- Rapport de M. Jean-Yves DUPRE et Hervé NIL de 2010 (CGAAER - Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux) ;
« Réflexion sur l’avenir de l’agriculture de la Haute-Loire »